La Chapelle Sixtine et Michel-Ange Buonarotti

Après une longue traversée dans les méandres des Musées du Vatican, regorgeant de culture et d’histoire, nous parvenons  enfin à l’ultime salle, un des joyaux des musées, la  Chapelle Sixtine. A peine entrés par la petite porte, nos regards se portent immédiatement vers le haut, nous sommes saisis par la voûte et surtout par la puissance et les volumes des personnages peints à fresque par Michel-Ange. Aussitôt, comme une sorte d’interpellation invisible ou inconsciente, nos regards se tournent légèrement sur notre droite en entrant, et là, un deuxième choque artistique. Nous sommes au pied du « Jugement Universel » du même créateur : la grandeur des personnages et leur foisonnement, un poids semblant presque nous écraser  à la vue de l’envergure de l’œuvre. Afin de satisfaire nos regards il est utile de se précipiter au cœur de la Chapelle Sixtine pour en respirer toute la splendeur.

 

Temple sacré, la Chapelle Sixtine doit son nom au Pape Sixte IV qui souhaita à la Renaissance, au Quattrocento soit notre XV ème siècle, la restauration d’une chapelle palatine du XIII ème siècle, simple chapelle avec une voûte à fond bleu étoilée. Le Pape fit appel aux plus grands artisans du moment, Botticelli, Leonard de Vinci, Ghirlandaio, Luca Signorelli, Le Pérugin et tant d’autres… qui relatèrent l’histoire de la vie du Christ et celle de Moise, le Nouveau Testament et l’Ancien Testament, qui convergeraient plus tard vers le « Jugement Universel »  de Michel-Ange.   A y regarder de plus près, ces œuvres sont d’excellentes qualités, de magnifiques compositions, de grandes prouesses artistiques avec un message d’humanité. Malheureusement elles sont souvent occultées par les œuvres de Michel-Ange qui ont une grande intensité et un fort appât sur notre regard.

 

Le Pontife Jules II, grand mécène et collectionneur d’art,  fit appel au jeune florentin Michel-Ange pour peindre la voûte en 1508. Au premier abord Michel-Ange refusa la proposition. Pour lui l’art suprême était la sculpture mais il se rétracta et vit le privilège de montrer ses prouesses artistiques dans ce cœur de tous les pouvoirs. Un travail exceptionnel d’un seul homme. Force de la nature, génie surhumain ou stimulé par un souffle divin, même encore on se pose la question, comment un tel homme a pu accomplir une telle tache seule en moins de quatre ans. Le programme iconographique, dans une architecture feinte représente neuf scènes au centre de la voûte, des épisodes de la Genèse, de la Création à la Chute de l'homme, avec le Déluge et la renaissance de l'humanité par la famille de Noé. Chaque séquence est scandée par des pilastres feints sur lesquels sont peints des nus, une référence à la culture classique. 

 

Dieu est puissant, plein d’énergie, vivace. Michel-Ange donnera les mêmes traits de ce Dieu à sa sculpture du Moïse pour orner le tombeau du Pape Jules II. Les personnages ont une plastique sculpturale, la torsion des corps expriment leurs agissements, les visages reflètent l’état psychologique des êtres peints ; telle Eve qui porte une fois chassée du jardin d’Eden toute la culpabilité sur son visage enlaidi. La Création d’Adam est le point de convergence de toute l’œuvre artistique. Comme un être inerte, matière sans esprit, sans âme,  le doigt tendant vers Dieu, il attend de lui toute son énergie pour sa naissance. Dieu, Être suprême, Conscience Universelle, fait naitre l’idée que la pensée est créatrice de la matière. Qu’il est à l’origine du vivant. Accompagnent ce message universel Prophètes, ceux qui portent la parole dans le christianisme et les Sibylles relevant du paganisme, des êtres imaginaires, à l’acception de la Pythie de Delphes. Elles annonçaient la venue d’un Messie. Fusion entre le paganisme et le christianisme, des éléments clés de la peinture à la Renaissance.  

 

L’artiste déploie tout son génie sur une surface de plus de mille mètres carrés. On s’imagine le dur labeur, les conditions éprouvantes de Michel-Ange a réalisé seul une telle œuvre, sur un échafaudage à plus de vingt mètres de haut, éclairé à la bougie et descendant peu pour manger afin d’être totalement au service de son œuvre. Dans ses poésies il évoque son travail, la vue fatiguée, le bras engourdi et la peinture lui dégoulinant sur le visage.

 

« À travailler tordu j’ai attrapé un goitre […]
Et j’ai le ventre, à force, collé au menton.
Ma barbe pointe vers le ciel, je sens ma nuque
Sur mon dos, j’ai une poitrine de harpie,
Et la peinture qui dégouline sans cesse
Sur mon visage en fait un riche pavement.

Mes lombes sont allés se fourrer dans ma panse,
Faisant par contrepoids de mon cul une croupe
Chevaline et je déambule à l’aveuglette. »

 

L’inauguration eut lieu à la Toussaint en 1512 et eut un fort retentissement auprès de la cour ecclésiastique et des artistes qui travaillaient en même temps dans les musées du Vatican comme Raphaël.

 

Presque trente ans plus tard, le Pape Paul III fait appeler de nouveau au Vatican  Michel-Ange alors âgé de près de soixante ans pour peindre « le Jugement Dernier », une œuvre maîtresse dans l’histoire de l’art.  Quand il réalise cette œuvre, il y eut auparavant la Réforme, des idées luthériennes, une montée de protestantisme, le sac de Rome en 1527. L’église catholique romaine vacille et a perdu de son immunité face à ses fidèles. A travers ce « Jugement Dernier » Michel-Ange s’interroge sur le Salut de son âme, il représente  Saint Barthélemy exhibant sa peau d’écorché où l’on reconnait les traits déformés du peintre. Sur un fond bleu lapis-lazuli il déploie plus de 300 personnages des saintes et des saints avec leurs instruments de martyre  tournoyant autour de la Vierge Marie et du Christ une sorte d’Apollon levant son bras déployant sa main qui a droit de vie ou de mort sur les personnes. C’est la Terribilità de Michel-Ange qui apparaît. Le Christ suscite l’effroi, l’attitude de la Vierge semble désapprouver celle de son fils. Les anges avec les trompettes solennelles annoncent le Jugement. Les ressuscités sont arrachés de la terre, poussés vers le haut et les damnés sont poussés vers le bas vers Minos où la barque de Charon les attend.  Tous les personnages s’inscrivent dans un mouvement elliptique, un crescendo qui marque l’importance de l’œuvre dans l’histoire de l'art, soit la transition entre l’Art de la Renaissance et l’Art Baroque.

 

Michel-Ange connait parfaitement l’anatomie humaine mais il ne la représente pas telle qu’elle est, ses personnages sont des masses musculeuses et nous font parfaitement comprendre que pour lui la sculpture est l’art suprême car ce sont des images sculpturales qu’il peint. Michel-Ange a peut-être un pinceau dans les mains mais c’est avec un œil de sculpteur qu’il peint.

 

Au contraire de son travail de la voûte, le « Jugement Universel » fut fort critiqué par ses contemporains ; les corps nus et angoissés firent scandale on dut très vite les drapés de « pudeur ».
Quoi qu’il en soit quelques siècles plus tard l’œuvre de Michel-Ange reste une clé de voûte dans l’histoire de l’art.

 

MARGARET GABRIEL

 

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